Awakening

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Awakening

Message par Robin McAllistair le Dim 5 Nov - 15:37


« - Do you wish to initiate consciousness ? - »

La première vague blanche rompt le vide, créée une faille dans laquelle s’engouffrent les suivantes, un flot de clarté continu, qui remplit bientôt tout alentour. Les vagues ondulent. L’air s’allume. Les vagues se déconstruisent, se durcissent, se reforment en lignes droites, courbes, brisées et s’assemblent pour former des contours. Des cascades de cristaux numériques viennent combler les espaces, colorer les formes avec une kyrielle de pigments complexes. Les ondes deviennent des corps et chacun envoie une fluctuation unique dans le système.

« - Consciousness : Initiating - »

Robin ouvre les yeux. Elle reconnait cette voix. Elle se rappelle le tout premier moment où elle l’a entendue, dans cette pièce encombrée, devant les grands yeux expressifs de cet homme aux joues maculées de taches de rousseurs. « Bonjour, lui avait-il dit avec un immense sourire. Je suis le professeur Robin McAllistair. Tu comprends ce que je dis ? » Elle lui avait répondu, entendant pour la première fois le son de sa propre voix : « Oui. » Il avait reculé, avait jeté en l’air toutes les feuilles couvertes de calculs qu’il avait dans les mains, et s’était mis à pousser de grands cris de joie en sautant dans tous les sens. Elle avait trouvé cette réaction étrange.

La chambre dans laquelle elle se réveille est très spacieuse et décorée avec goût. Elle se redresse sur le lit, défait le câble branché juste sous son oreille et pousse un long soupir. Elle est nerveuse lorsque ses pieds touchent le sol et son coeur synthétique bat la chamade lorsqu’elle ouvre le placard pour s’habiller. Elle passe un sarrau immaculé et noue ses cheveux courts sur sa nuque avant de sortir. Dans le couloir, elle accoste un domestique :

— Où se trouve Yüeh ?

On la mène en silence au devant du fils Jadziah, qu’elle salue d’un sobre hochement de tête. Tous les deux s’apprécient beaucoup.

— Je vais avoir besoin de l’assistance d’un médecin, dit-elle. Veux-tu t’en charger toi-même ou préfères-tu confier la tâche à quelqu’un d’autre ?
— Je vais m’en occuper. Personne d’autre ne peut savoir.

Robin aimerait lui demander ce qu’il a ressenti, durant le laps de temps où il a cru son père mort. Elle aimerait comparer avec ce qu’elle a ressenti, elle, lorsqu’elle est rentrée à la maison pour trouver le professeur McAllistair inerte, gisant dans une flaque de sang au milieu de son laboratoire dévasté. Il l’avait envoyé faire des courses pour la première fois, toute seule. Il avait été attaqué. Une bonne partie de son travail dérobé. Elle allait devoir apprendre à tout faire toute seule, maintenant.

Une salle a été aménagée exprès pour l’opération. Aseptisée et équipée. HellRoy Jadziah s’y trouve déjà. Juste avant qu’on ne le plonge dans un sommeil artificiel, Robin se penche sur lui et lui souffle, de façon à ce que lui seul puisse l’entendre :

— Merci pour votre confiance. Nous ne vous décevrons pas.

Yüeh procède à l’anesthésie de son père et le son régulier des signes vitaux sur les machines empli bientôt la pièce. Il commence par l’amputation de son bras gauche, travaillant méticuleusement, avec un professionnalisme que Robin ne peut qu’admirer. Elle ouvre la caisse contenant son projet. Un bras bionique, conçu selon un moule du bras gauche d’HellRoy afin qu’il soit absolument de la même forme et dimension. Rien de trop extravagant au niveau des capacités ; force supérieure, résistance accrue au feu, aux balles, à l’acide, mais l’allure… Robin considère cette machine comme une oeuvre d’art et pourtant, elle n’a jamais eu le moindre sens artistique avant ça. Son futur propriétaire lui-même l’avait approuvé quelques jours plus tôt. « Je ne m’attendais pas à de telles prouesses, lui avait-il dit. Il est parfait. » Elle avait ressenti une chaleur étrange prendre d’assaut sa poitrine. De la fierté ?

Bien qu’elle n’en ait rien laissé paraitre, Robin avait été plutôt étonnée de découvrir qu’il n’était pas vraiment mort. En apprenant la nouvelle de son décès, elle avait été inquiète pour son nouvel ami, mais n’avait pas osé le contacter. Elle s’était donc trouvé très surprise lorsqu’il l’avait invité chez lui, et d’autant plus quand elle s’était retrouvée nez à nez avec le défunt en personne.

« Puis-je acheter votre expertise, mademoiselle McAllistair ? »

Robin n’avait pas vraiment besoin d’argent, mais aurait accepté peu importe le prix. Elle aime beaucoup HellRoy, malgré les apparences. Il possède la même assurance calme que Yüeh, mais en moins froid. Sa voix et son sourire sont agréables. Elle avait été rassurée de le savoir en sécurité.

« Je crains avoir trop de blessures. Les dangers du métier, voyez-vous… J’aurais besoin d’un nouveau… bras, entre autres. Quelque chose de plus performant. »

Yüeh mène la chirurgie et Robin le guide afin qu’il puisse connecter les micro-câbles aux bons nerfs. Une fois l’installation du bras terminée, il doit lui ouvrir le crâne pour l’installation d’un nouveau système oculaire. L’opération est très risquée. La moindre petite erreur pourrait affecter sa mémoire ou le rendre comateux pour le reste de sa vie. Robin se demande, en observant les gestes sûrs de son fils, si c’est ce que signifie « avoir une famille ». Cette dévotion. Après la mort du professeur McAllistair, elle avait repris son nom, ses recherches, sa maison. Elle avait tout fait pour que cette identité survive, pour que tout son travail soit reconnu. Est-ce comme ça que les gens normaux se sentent envers leur « père » ?

Au fond, elle se demande aussi si les deux Jadziah ne l’auraient pas déjà repérée. Son corps a beau être conçu pour se fondre parfaitement parmi les humains, certains détails ne trompent pas. Ses cheveux ne poussent pas, elle mange très rarement et en quantités minimes, elle a toujours l’allure d’une adolescente alors que toutes ses pièces d’identités lui confèrent presque 22 ans. Yüeh étant médecin, il doit être attentif à ce genre de choses. Lui avaient-ils demandé car ils avaient plus confiance en les machines qu’en leur propre espèce ?

L’opération dure plusieurs heures. À la fin, Robin et Yüeh se séparent, rentrant chacun dans leur chambre respectives, ayant grandement besoin de repos.

Ils se retrouvent, le lendemain, pour le déjeuner. HellRoy devrait se réveiller dans quelques heures. Il sera, bien entendu, très faible pour les jours à venir, mais il devrait se remettre rapidement. Robin s’est engagée à demeurer chez les Jadziah jusqu’à ce que son propriétaire soit totalement remis sur pieds. Elle doit observer comment le dispositif se synchronise avec son corps, prendre des notes et lui montrer comment l’entretenir correctement.

Assise en face du fils Jadziah, elle prend une petite gorgée de thé, insensible à la brûlure de l’eau. Ils n’ont pas échangé le moindre mot depuis la fin de l’opération, mais ce silence est naturel, entre eux. Robin se demande vaguement s’il est nerveux.

— Tu es un médecin très talentueux, lui dit-elle, soucieuse de le rassurer. Il se réveillera bientôt.

Ils se trouveront tous les deux à son chevet lorsqu’il ouvrira les yeux. Lui, la famille, elle, la machine, le futur. Robin se sent tout à coup moins différente. Si une machine peut cohabiter avec le coeur d’un père dans un même corps, peut-être, au fond, que le coeur de son père vit toujours un peu en elle, aussi.
avatar
Robin McAllistair
Admin

Messages : 20
Date d'inscription : 09/12/2015
Localisation : Au labo

Voir le profil de l'utilisateur http://asheimkai-rpg.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum